Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 06:00

28 01Oui, je sais, j’ai tort de m’inquiéter, mais je n’y peux rien, c’est chaque fois la même chose. Lorsque Madame s’en va, j’ai beaucoup de mal à m’habituer. C’est un peu comme si je devenais orpheline. Le château me semble brusquement vide sans elle. La tristesse me gagne. Les journées sont interminables. Je n’ai pas le cœur à l’ouvrage. Le temps s’écoule en noir et blanc.

Curieusement, le son de la voix de Madame me manque. D’une certaine façon, je devrais plutôt me réjouir de ses absences car quand Madame est là, elle passe le plus clair de son temps dans28 02 mon dos à me harceler :

 - « Béatrice, as-tu pensé à repasser ma robe noire ? »

 - « Oui, Madame. »

 - « Béatrice, tu n’oublieras pas de recoudre l’ourlet de ton tablier ! »

 - « Non, Madame. »

 - « Béatrice, tu sortiras le service en Wedgwood 28 03et l’argenterie, je reçois des invités ce soir. »

 - « Bien, Madame. »

Mais en fait, c’est tout le contraire qui se produit. Je me rends compte que sa présence m’est indispensable. Il faut que je la sente à mes côtés. Je n’existe qu’à travers elle. J’ai besoin physiquement de lui obéir. 

Et puis le départ de Madame a été tellement soudain. C’est Louise qui me l’a appris au petit déjeuner. Apparemment rien de grave. Mais tout de même un déplacement imprévu à Londres pour un rendez-vous urgent chez le médecin. « Louise, je vous confie la maison, je ne serai pas bien longue, pensez beaucoup à moi le 9,28 04 j’en aurai besoin, c’est très important. » Je n’ai pas bien saisi de quoi il s’agissait, mais ce jour-là, j’ai deviné que Madame devait vraiment avoir des soucis et j’ai pensé à elle encore plus fort que d’habitude.

George m’a répété qu’il était inutile de me tracasser. Que cela ne servirait à rien. De son 28 05côté, Andrew m’a proposé de m’emmener dans sa serre admirer ses boutures, histoire de « me changer les idées », pour reprendre son expression. Mais j’ai préféré ne pas donner suite à son invitation. Avec lui, il faut toujours se tenir sur ses gardes. Quant à Blandine, on ne l’a quasiment pas vue de toute la journée. Elle s’est contentée de réapparaître pour le dîner avec de la paille plein les cheveux. Louise, qui ne manque pas d’humour, lui a demandé si le garçon de ferme avait apprécié ses services. Son mutisme en guise de réponse nous a fait beaucoup rire.

Quoi qu’il en soit, toutes ces bonnes paroles de réconfort n’ont pas suffi à me tranquilliser. J’ai continué à me sentir agitée. Nerveuse. A tel point que j’ai fait tomber une pile d’assiettes dans l’office28 06 pendant que j’aidais Louise à faire la vaisselle. George en a profité pour m’administrer une fessée magistrale en m’assurant que Madame en aurait sûrement fait autant dans de pareilles circonstances. C’est facile 28 07à dire ! Il était surtout satisfait de se retrouver seul aux commandes et de pouvoir agir sans témoins.

En fin de matinée, il y a eu ce coup de téléphone de Madame. « Allo, c’est toi, ma Béatrice, oui je sais, j’aurais dû le faire mais je n’ai pas pu appeler plus tôt, je reviens ce soir, sans doute assez tard, ne m’attends pas. Tout s’est très bien passé, je te raconterai ». Cette nouvelle nous a donné chaud au cœur. Alors pour célébrer l’événement, nous avons organisé une petite fête au pied levé. Louise a préparé un énorme crumble aux pommes. George a débouché une bouteille de champagne. Et comme ils insistaient tous28 08 pour danser, j’ai posé sur le tourne-disque un vieux trente-trois tours des Platters. " Only You ". Le slow qui tue. « Un enregistrement Mercury Records de 1955 » a précisé George, qui sait toujours tout. Pour ne pas être de reste, Andrew a ajouté qu’on n’avait rien fait de mieux 28 09depuis pour « emballer les gonzesses ! » J’aime beaucoup Andrew mais il reste assez maladroit dans l’expression de ses sentiments. Disons que son vocabulaire s’élève rarement à la hauteur de ses talents de jardinier.

Ils l’ont passé en boucle. Trois ou quatre fois. Peut-être davantage. Je ne sais plus. En tout cas, le temps suffisant pour que chacun d’entre eux puisse me peloter à sa guise. J’ai cru que cela n’allait jamais finir. Bien sûr, j’ai protesté pour le principe. Pour le principe seulement, car pour le reste, je dois reconnaître que ces contacts rapprochés ne m’ont pas laissée totalement insensible. George n’a28 10 même pas cherché à dissimuler ses intentions. Par-derrière, il avait relevé ma jupe et me tripotait les fesses tandis qu’il m’étouffait littéralement par-devant, son corps plaqué contre le mien. Quand je dis son corps, il faut me 28 11comprendre à demi-mot. Je n’ai jamais senti un aussi gros bazar. L’arc de triomphe surmonté de l’obélisque. Le genre de monument qu’on ne visite qu’une seule fois dans sa vie.

Naturellement, ces messieurs ne s’en sont pas tenus là et m’ont fait boire un peu plus que de raison. Il paraît que le vin rend     les femmes plus belles. Il paraît. Ce que je sais, c’est que je suis devenue rapidement pompette. J’avais les joues écarlates et des petites étoiles dans les yeux. Le parquet du salon m’a paru anormalement en pente. George a trouvé ça très drôle. J’ai sans doute dû me montrer moins farouche que d’habitude. Il m’a fait jurer de ne rien dire à Madame et m’a menacée des pires châtiments si je ne savais pas tenir ma langue. « Elle te fera sûrement fouetter28 12l pour la peine. Ou bien elle te livrera à Harry, oui c’est ça, à Harry », a-t-il ajouté, les yeux brillants.

Je ne sais plus très bien comment la soirée s’est achevée. Passé minuit, les jeunes filles ont de la peine à garder les yeux ouverts. Ils ont tenu absolument à me guider jusqu'à ma chambre, à 28 13me « tenir compagnie », selon leur expression, insistant même pour m’aider à me déshabiller afin que je sois plus vite dans mon lit. En un rien de temps, George a déboutonné mon corsage. Tandis qu'Andrew, de son côté, m'enfournait comme une grosse tétine dans la bouche. « Suce bien, ma belle, ça t’aidera à t’endormir ». Il m’a semblé que c’était son doigt. Maintenant que j’y repense, c’était beaucoup plus gros. Ça devait être autre chose. J’ai oublié la suite. Dans28 14 mon souvenir, j’éprouvais toutes sortes de sensations agréables. Comme si je n’avais pas besoin de me caresser et que quelqu’un d’autre s’en chargeait à ma place. Ma dernière pensée a été pour Madame.

Au plus profond de la nuit, une saute de vent a fait tourbillonner les feuilles mortes dans la 28 15cour. Remontant l’allée en silence, la Bentley a strié de ses phares le mur de ma chambre à travers les volets. J’ai perçu le ronronnement sourd du moteur au bas du perron, puis le bruit mat de la portière qui s’ouvrait, suivi du résonnement familier des pas de Madame. Le hall s’est éclairé. Un rai de lumière jaune a filtré sous ma porte.

Madame est entrée sur la pointe des pieds. Elle a remonté ma couverture sur mes épaules et s'est penchée vers moi pour me border. J’aurais pu me redresser et faire l'effort de lui adresser quelques mots. Que je n’arrivais pas à dormir. Que j'étais inquiète. Qu'il devait être tard. Que je l’attendais. C’était inutile. Nos chuchotements auraient rompu la magie du silence.

Blottie contre mon oreiller, j’ai préféré garder les yeux fermés à28 16 écouter le murmure de sa respiration. Lorsqu'elle m'a soufflé un baiser de bonsoir dans les cheveux, j'ai senti son col de fourrure me chatouiller la joue et son parfum Angel m’envelopper dans son sillage. Tout mon corps s'est mis à fourmiller de bonheur, sous le coup d’une intense émotion, comme une enfant rassurée par le retour de ses parents à la maison.

Dans mon demi-sommeil, je me disais que je ne rêvais pas, que Madame était là comme avant, que demain matin la vie allait reprendre et que j’avais vraiment beaucoup de chance d’être au service de Madame. J’ai poussé un gros soupir. Et je me suis endormie. D’un bloc.

Par Béatrice - Publié dans : Maîtresse Alexandra
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