Béatrice ou l'éducation d'une jeune soubrette
J. B. n’a pas insisté. Le contraire aurait été surprenant. J’aurais mis ma main au feu qu’il mourait d’envie de connaître la
suite. Alors, reprenant l’air contrit de la pécheresse, et pour
m’excuser du ton un peu vif qui venait de ponctuer mes propos, j’ai baissé mécaniquement les paupières. Comme une poupée de porcelaine qui ferme les yeux quand on la couche.
- Oh je sais, pour vous, c’est sûrement pénible à entendre mais il faut bien que je soulage complètement ma conscience.
Et, sans transition, j’ai continué le récit de mon interminable calvaire.
- Le problème avec George, c’est qu’il est insatiable. Une fois qu’il a commencé, on ne peut plus l’arrêter. La levrette à peine
terminée, il m’a demandé d’enchaîner avec une petite gâterie, histoire de le remettre en selle. Qu’à cela ne tienne, les petites gâteries, c’est ma spécialité. Aucun homme ne me
résiste. Il n’a pas fait exception. Monsieur a vite retrouvé toute sa vigueur. Il faut dire que j’ai fait exprès de faire le plus de bruit possible en le suçant. Une vraie cochonne. En général,
les hommes adorent. Ça n’a pas raté. Il n’a eu de cesse d’enfourner son mandrin jusqu’au fond de ma gorge. Je l’ai gardé au chaud jusqu’à ce qu’il explose.
- Hum, et une fois… comblé,… je… j’ose espérer qu’il a tout de même fini par vous laisser tranquille !
- Ah non, vous osez mal, ça se voit que vous ne connaissez pas George ! Une véritable bête de
sexe ! Il était reparti pour un tour. Il lui en fallait plus. Il m’a fait la totale.
- La totale ?
- Ben oui, vous allez très vite comprendre. Il m’a ordonné de me remettre en levrette afin, m’a-t-il annoncé, « d’être plus à son aise
pour s’occuper de mon petit œillet ». Obéissante, je me suis mise à genoux sur le lit, j’ai posé ma tête sur l’oreiller et j’ai cambré les reins. Comme je sais qu’il adore ça, j’ai même écarté mes fesses avec les mains. Je me suis
caressé l’anus. J’y ai enfoncé un doigt, puis je l’ai retiré. L’un des siens a pris sa place et s’est mis à me masser avec délicatesse jusqu’à ce que je m’assouplisse. Son gland s’est ensuite
introduit imperceptiblement. Il était si doux que je l’ai laissé venir en moi, tout entier. A mon grand étonnement, je n’ai ressenti pratiquement aucune d
ouleur. C’était même tellement bon que j’ai failli perdre
connaissance !
- Dites-moi, ma fille, avec les autres hommes, ça ne peut pas être pire tout de même !
- Pire peut-être pas, mais différent à coup sûr ! Vous connaissez James ?
- Le chauffeur ?
- Oui, son truc à lui, c’est l’amour ligoté. Il m’allonge sur son lit, les poignets et les chevilles entravés par des sangles de cuir.
Après m’avoir bandé les yeux, il me mordille les tétons et il me griffe le ventre. Puis il se met à genoux, approche son sexe de ma bouche, le frotte un peu contre mes lèvres et s’éloigne
brusquement. J’agite la tête pour tenter de le rattraper. Il revient, s’applique vigoureusement à ma bouche et m’envahit. Je le lèche et je le suce avec
avidité, mais il disparaît de nouveau. Si au moins je pouvais me libérer les mains. Mais je suis incapable de satisfaire mon envie et mon désir s’amplifie avec cette frustration. James finit par
dénouer mon bandeau. Je peux à présent observer ce sexe qui me nargue. Qui contourne ma bouche en laissant son empreinte humide sur ma peau. Qui s’insinue entre mes cuisses. Qui s’y
enfonce….
- Arrêtez là, Mademoiselle, ça suffit !
- Bon d’accord, mais alors il faut à tout prix que je vous dise deux mots de Max.
- Max ?
- Oui, l’invité vedette des dîners de Madame, le prestidigitateur ! Max et sa braguette magique ! Vous savez ce qu’il dit en parlant de moi ?
- Je crains le pire !
- « Ce n’est pas une chatte qu’elle a, c’est un fer à souder ! » Un fer à souder, c’est marrant, non ?
- Marrant, ce n’est vraiment pas le terme que j’emploierais !
Là, j’ai nettement senti qu’il fallait que j’arrête mon cinéma. J.B. avait viré au rouge écarlate. Il transpirait à grosses gouttes. Le temps était venu d’arrêter. Nous avions largement dépassé le temps réglementaire. J’ai donc jugé préférable de changer de ton.
- Eh oui, les chemins du Seigneur traversent parfois des buissons épineux où l’on risque de s’écorcher l’âme !
Plutôt surprenante dans ma bouche, cette formule de conclusion m’était venue naturellement. Comme si, à force d’écouter mon confesseur, je m’en étais petit à petit approprié le langage.
Il a poussé un gros soupir. Puis, sans trop y croire et l’esprit encore visiblement ailleurs, il m’a alors servi son petit sermon sur
la luxure, « le plus capital des
péchés capitaux », en se tamponnant le front avec son mouchoir. J’ai ensuite ânonné un vague acte de contrition avant de recevoir l’absolution - ego te absolvo - et d’écoper en pénitence de dix «
Notre Père » et de dix « Je vous salue, Marie », que je me suis empressée d’aller réciter machinalement au fond de la chapelle, sous la statue de la Vierge.
Quelques minutes plus tard, alors que j’étais encore à genoux à mon banc, je l’ai vu sortir à son tour du confessionnal et débouler dans l’année centrale qu’il a fendue à grandes enjambées, en proie à une vive agitation, la soutane chiffonnée, les lunettes de travers, les yeux hagards, tel un zombie branché sur pilotage automatique. J’ai cru l’entendre marmonner « braguette magique » et « fer à souder » lorsqu’il est passé à ma hauteur…
Cela m’a fait sourire. J’étais prête à parier qu’il n’en resterait pas là. Ma liste de péchés devait certainement être incomplète. J’avais encore des choses intéressantes à dire. Il ne manquerait pas de trouver une occasion pour m’écouter à nouveau.